matatrice

extrait de [ matatrice ]

ta mère avance doucement vers sa dernière marche - une annonce prévue depuis longtemps...


je me revois - fouler au pied la maladie infectieuse pendant l’été - avec mes fils - et traverser tout le pays pour répondre à l’appel impérieux de ma présence à ses côtés - en quête d’une rémission


elle était un genre de poupée cassée - hirsute - une alliance de la tendresse et de la violence
et sa caverne - l’antre d’une sorcière - aux murs imbibés de remords


elle pouvait s’adonner à l’insulte aisée - à l’éloquence haineuse
ou rire et pleurer sur le vain éclat de sa jeunesse dérobée


peut-être - me suis-je demandé - l’amour languissait-il de ne plus jamais - jamais plus ? l’atteindre
tel un tout petit enfant
centré sur lui-même


pour certains je savais son existence être un outrage - elle avait fait des ravages
       - que sa mort les soulage !...


pour moi sera bientôt le temps de m’attacher
à engloutir au fond des mines
tout ce qui l’a rendue coupable de crimes - parmi les autres…

                                                                                              

extrait de [ matatrice ]

je suis passée tous les matins
pendant dix ans
devant ma mère
sans le savoir

extrait de [ matatrice ]

 

- regarde…
de l’index elle me montre la limite supérieure du café derrière le verre de la cafetière – juste en-dessous du ressort qui cercle la plateforme d’inox terminant le poussoir
des bulles se dessinent sur la paroi transparente - lentement - avec délicatesse
elles se sont formées au contact de l’eau presque bouillante avec la poudre de café - et la montée du niveau dans le récipient
j’ai vu la réaction chimique s’opérer pendant qu’elle versait l’eau - ça m’a plu
elle ne dit rien de plus que « regarde » - avec son index pointé
elle vérifie avec ses yeux que j’ai bien vu bien compris ce sur quoi elle souhaite attirer mon attention - elle voit que j’ai vu compris tout de suite - elle y revient avec ses yeux et sa tête
et après…
on regarde
ça dure plusieurs minutes - immobiles - on regarde comme c’est beau ces petites bulles géométriques fines élégantes - leur formation régulière harmonieuse lente - on peut presque entendre les mouvements de l’eau qui circule vivante - du café qui s’en gorge
on observe l’alchimie - la magie
on ne dit rien - le feu parle pour nous dans la pièce adjacente - dans notre dos
c’est vrai - c’est beau
et il n’y a rien besoin de dire…

moi - je ne peux quand même pas me retenir - et me relevant de notre observation commune - je déclare
- j’avoue !...
elle sourit - elle est toujours contente quand je suis assez gentil pour me montrer sensible à la poésie
elle est comme ça… on peut passer trois minutes trente-trois à regarder la poésie dans des bulles de café - ça lui paraît normal - elle ne se pose aucune question - à part peut-être comment pouvoir transmettre et communiquer la beauté d’un tel spectacle…
après il n’y a plus de bulles alors il est temps de presser le poussoir et de finir la préparation du café - de revenir à la réalité
mais… la poésie continue !
ça éclabousse partout hors de la cafetière - sur le mur devant elle - sur le carrelage du plan de travail ça coule - sur la vaisselle propre - son pull clair et même par terre…
elle se retourne vers moi en éclatant de rire - je lui vois des taches de café sur le visage et plein les cheveux aussi
- ha ! j’ai encore raté le café… elle me dit

et moi - que voulez-vous que je vous dise ?...


                                                                                        23/24 mars 2017, quête                                                                                                     © betty gini peauésie

 

 

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

09.03 | 22:54

cool Gérard... merci pour ton passage

...
09.03 | 07:58

J'ai passé un bon moment des mots scions

...
05.03 | 21:15

oh merci ! Dome...

...
05.03 | 19:43

Bravo Betty pour tes créations ! :)

...
Vous aimez cette page