les mots - II

chancelante où peut être

l'éloquence du silence

à ton écoute

 

***

il arrive aux mots d’être malades
un peu avant noël
ils ont la nausée fade
des guirlandes à dégueuler
les lendemains des grands riens…

ils voudraient bien se coucher
sur le grain feutré d’une page
échapper au sapin
qui sent trop fort
l’âm’hors…

alors
ils font bonne figure
la mine en pointe ronde
et le crayon bien affûté
sur la table mafiamiliale
des phrases en phase…

ils se fondent où les eaux douces
persistent au bord des vers
à calfeutrer
les pousses de rêves…

mais rien n’y suffit
rien ne parvient
à dénicher le soin
qui les apaise au fond…

ils gardent les os froids
ils crissent au bout des doigts
s’enfièvrent à la douleur
et s’évaporent au lit
d’encre en liquéfaction

- sous le poids de l’ancrage
et du bruit vide

 


27/28 décembre 2014, torze

 

lorsque les mots sont fatigués
ils peuvent opter pour le silence
parfois de longs moments
entre deux vagues montantes…

ça peut être angoissant
les mots qui font silence
dans la douleur du ventre…
on peut craindre qu’ils s’en aillent
disparaissent
nous laissent…

pourtant
par l’en-dessous des flots
lourdement lentement
le mouvement sourd qui précède l’implosion
opère en athanor
de régénération…

et juste après l’agitation
de la secousse
quand la mousse éclate à la gueule
de la lune rousse

c’est un genre de feu explosif
sans artifice
qui retombe en pépites de mots
entre les pages ouvertes

- une histoire d’émaux

 

30 décembre 2014, torze

 

au bout d’un moment
il faut bien le reconnaître
les mots ont été si nombreux
à se coucher les uns sur les autres
que ça fait un gros sac
de nœuds
avec les restes non consommés…

ils s’agglutinent entre eux
se confondent à moitié
cela devient illisible…

tu ne peux même plus dire
"je gomme"
ou sinon tout s’efface
… alors qu’il reste encorps
peut-être
quelques perles enfouies
à retrouver plus tard…

dans ce cas… il n’y a plus
d’hésitation à avoir…
tu prends le tout le tas
sans oublier les fils qui dépassent
et tu déverses l’agglomérat

dans ta pensine

en négligeant d’abord
la reprise
d’ébullition…

 

30/31 décembre 2014, torze

les soirs d’avalanche
les mots craignent les orgies
de strass et pacotilles

ils se refugient
dans leur cabane en bois
en essayant de contenir
les relans les nausées

ils se cherchent des musiques
pour accompagner leur fièvre
adoucir les lèvres
annonçant le grand passage

ils se font tout petits
se glissent
entre les interstices
de lumière encorps libre…

c’est bien aussi pour eux
la configuration
des flocons…

 


31 décembre 2014, torze

les mots se croisent et s'entrechoquent
ils s'aiment ils se rencontrent
ils se défendent ils se protègent
ils se donnent
dans le tourment du sans
animosité
c'est étonnant
ces peuplades contournées
au rang des intimités
partagées...

- et pour une fois
un ... coeur

 

31 décembre 2014, torze

 

alors
je ferai encorps languir tes mots
sous la main de mes cimes
et de mes ravins

dans la fébrilité impatiente
du langage moléculaire
où ce nous le lien…

j’écorcherai la beauté
à nos minutes dérobées
sous la griffe de la rencontre

baignée à l’échancrure
de nos baisers

 

1er janvier 2015, zinze


les mots parfois
ne trouvent pas le repos

ils s’agitent en soubresauts frénétiques
s’attaquent à la gamberge
secouent tous les systèmes
et disparaissent
à l’accroche de la vague
dans le ciel tourmenté

c’est très agaçant
les mots qui s’énervent…
ils se coupent d’une part d’eux-mêmes
se mangent entre eux
dans les barbes brouillonnes
se dissolvent dans les cri-tures perce-oreilles
s’étouffent dans les gorges suffoquées

dans la voix
ils ne passent plus que difformes
atrophiés de leur essence

on peut les voir dégueuler
la bile aigre au ventre creux
l’arrogance des silences
presque noyée dans la mare

après
il n’est pas rare qu’ils s’écroulent
sur le tapis de papier mâché
épuisés de leur inconsistance
oubliés à eux-mêmes

un peu plus libres sans doute
d’errer entre les lignes

 


3/4 janvier 2015, zinze

 

 

après les cris
lorsque les mots aspirent
à l’ouverture
de la rencontre sonore

et qu’ils franchissent
les kilomètres de la peur
avec la langue altière
pour compagne apaisante

ils flirtent avec l’évanouissement
à l’instant de la transition

restent posés à fleur de bouche
sans voix encore
la jambe du q tremblante
sur le sol de la dérobade…

ils préfèrent garder le silence
encorps un peu
et se laisser nourrir
des mots des autres
à la musique des lumières
inattendue…

ils déambulent
au rythme de la tortue pressée
de sortir une fois l’an

acceptent la main
guidant le rassemblement fragile
de leur éparpillement fébrile

et puis se meuvent
dans le halo de l’évidence
précédant le passage…

ils se libèrent doucement
de la confrontation
à l’essence de la parole

s’oublient presque
au mouvement croissant
de l’amplification

et connaissent une autre fois
l’arrondissement du b
le vertige de l’ô
et le frémissement de la peauésie


en barcelona,
5 janvier 2015, zinze

des mots fondus

la musique où perce l’âme

couchés sur les ombres tapies derrière
les persiennes de l’envie


***

les mots que tue
ne couche plus

retenus à la nudité
la douche à portée
d’ancres voyageuses


***

et puis encorps les maux
prononcés au soin
caressant de la main

 


en barcelona,
5 janvier 2015, zinze

les mots rendus à la solitude
du soleil en fuite
déambulent entre les rues étroites
s’abreuvent aux fontaines à vœux
s’épanchent sur un banc
tenu sous les ombrages de la grandeur
avec la candeur pudique
de leur échappée souriante…

ils se tordent les doigts
s’emmêlent parfois les pinceaux
se trompent en rougissant
se retiennent
à la limite noueuse de la gorge
la langue trop sèche
lorsque l’émotion les surprend encorps
dans l’affolement des sens…

ils ont le ventre en boule
resserrée dilatée
l’appétit grand ouvert
avant sa prochaine disparition
la réaction épidermique
et leurs pics de hérisson
en refuge de soie…

lorsqu’ils s’aventurent
à s’en extraire un peu
le nez à l’affût
de l’air du temps

ils se font courageux
un petit moment
et se risquent même
à la confrontation des bulles
ciselées du bonheur…

alors après
ils ont peur…

 

en barcelona,
7 janvier 2015, zinze

 

au détour des rues étroites
les mots débusquent parfois
des morceaux francs de soleil
dans les flacons débouchés
de verdures en chantier…

ils se font surprendre
en quelques alignements de plus
par la chaleur
et ne résistent pas
à l’alanguissement d’une heure
sur le bois de gradins patients
devant une scène vide…

ils se peuplent eux-mêmes
au gré des yeux de passage
des voix en circulation
des sirènes languissantes
parvenus dans la confusion lointaine
de l’absence en présence…

ils voudraient bien stopper le temps
revenir en arrière
bondir en avant

s’étourdir encorps
dans les spirales du feu…

ils prennent le risque
de s’étendre sur la couche du désir
étonnés d’eux-mêmes
presque timides…

on ne les entend plus…
c’est à peine s’ils se devinent
dans le brouillard de l’hiver blanc…

ils absorbent sans bruit
quelques grains de pépins
et disparaissent

 


en barcelona,
7 janvier 2015, zinze

dans le voyage errant
les mots accrochent parfois
leur fatigue silencieuse
au regard photographique
happé soudain par la chose vue
au crochet d’une rue…

ça les repose
de se taire
à l’étonnement de la beauté
imposante ou discrète
nue…

ils peuvent dissimuler ainsi
leur fatigue cernée
derrière les paravents de verre organique

- que leurs propres fenêtres
ouvertes sur leur âme
échappent aux yeux des autres…

puis
lorsqu’ils deviennent à ce point transparents
que le froid se fraye un nouveau chemin
à travers leurs ombres sonores

ils se recroquevillent à nouveau
au niché de leur coquille

 

en barcelona,
7 janvier 2015, zinze

 

il est trois heures trente trois
les mots ont peur de se coucher

ils se trouvent mille raisons
de ne pas le faire
et repoussent
toujours un peu plus de travers…

il faut couper des bouts
qui dépassent dans les marges
brunies par les traces

c’est douloureux
ça se coince dans les cornes des pages
ça résiste au lâcher-prise
à l’œuvre du rêve

et ça s’entrave au vertige
de la folie vide
les restes en faux-lit d’amour
sans issue de secours…

 

12/13 janvier 2015, zinze

 

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Commentaires

09.03 | 22:54

cool Gérard... merci pour ton passage

...
09.03 | 07:58

J'ai passé un bon moment des mots scions

...
05.03 | 21:15

oh merci ! Dome...

...
05.03 | 19:43

Bravo Betty pour tes créations ! :)

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