les mots

parfois les mots t’échappent complètement
ils se détournent de leur trajectoire
vers le cahier-papier
s’engouffrent dans le courant d’air
et se précipitent par la fenêtre
comme ça
presque sans volonté
vifs seulement
de leur liberté


***


ils essaient d’aller cueillir des rêves
en-dehors de l’assiette des jours
où se dégraisser l’enveloppe
ne fait pas redouter la distance
où parcourir les gorges râpeuses
n’empiète pas sur la part de soie
demeurée dans l’épure
- les mots

 

maintenant aussi l’oreille

dans le chant de la douleur

le corps se mettait à clamer

ses mots encore

 

12 décembre 2014, torze

ailleurs qu’à la course obstruée des lierres rampants
les mots trouvent des chemins où la respiration
se redécouvre un espace de liberté
des rencontres à la source
des étrangetés souriantes
une pause peut-être


15 décembre 2014, torze

 

parfois les mots se rapprochent

se mêlent entre eux
c’est terrifiant
on croirait qu’ils font l’amour

les distinguer devient un jeu
de caméra cachée

ils s’écorchent ou m'aime se griffent
se déchirent la peau d’apparat
se cherchent à l’essence de la chose

ils peuvent prendre peur
s’écarter soudainement
s’observer dans le silence
revenir doucement
se caresser enfin
s’aimer peut-être

 

15 décembre 2014, torze

 

parfois les mots refusent de se taire
résistent à se coucher
ils préfèrent la fosse à orchestre
le brouhaha qui se donne
le là
tempête…

ils ne se séparent pas
font corps à l’unisson
glissant de la passion
sous l’esprit révolté

ils bouleversent les sens
tu ne sais plus si tu préfères
entendre ou écouter
la persistance du tintamarre

dans les tentations d’accords simples
où les équations musicales
se résolvent toutes seules

il suffirait de se taire

 

16 décembre 2014, torze

les mots préfèrent la nuit
c’est comme ça
c’est ainsi
il ne faut pas leur en vouloir
le jour leur crève les yeux

aveuglés, ils se retrouvent sans voix
se tAirent dans les fonds
des sacs à main
ils s’égarent dans les tram
tombent
sur les pavés des rues piétonnes
où sont les lumières
ils perdent leur chemin…

la nuit, aile
les envelope
les protège des sèchements
de peau sous le soleil cru
des ombres agressives
et des suintements macérés
dans les draps du trop grand nombre…

les mots n’aiment pas les steaks-frites
congelés débités
au fond des bars
creusés dans le gras

ils ont besoin d’être dégraissés souvent
doucement
d’être nourris par petites cuillérées
de confiture d’étoiles
avec du pin sec
et la brûlure du thé


16 décembre 2014, torze

 

l’autre jour on a vu les mots
dissimulés dans l’embrasure
d’une cigarette
juste au-dessus du bout rouge
ils avaient chaud
ils s’enflammaient dans l’affolement du risque
de combustion

mais au fond ils jubilaient
de cet effleurement

 

17 décembre 2014, torze

une autre fois
on a pu les entendre
accrochés aux cordes grinçantes du lien
tentant contre l’écorchure
de s’arracher des fosses à notes morbides
inscrites aux sonorités de la chair

ils vibraient en circularité
dans le corps de l’instrument
à rendre fou
sous les teintes suaves de la mélancolie

comment faire ?
on les voyait battre les L à crocs de révolte
depuis leur cage dorée
prisonniers de la porte
grande ouverte

les mots

 

17 décembre 2014, torze

il arrive que l’on retrouve les mots
éreintés à bout de souffle
l’ancrage devenu impossible
ils tanguent sur les flots de l’incertitude
se livrent sans retenue
quand les critures arrimées au port de la déroute
les embarquent vers les plages blanches
des pentes douces
et peuvent ainsi fondre leurs cris
dans les étouffements qui passent


17 décembre 2014, torze

 

parfois les mots s’extirpent des sous-terrains rocheux
évoluent laborieusement dans les galeries des profondeurs
la volonté persistante du cheminement
en atout d’endurance
face aux barrages naturels de l’opposition

ils sont patients
ne craignent pas les risques
s’égarent en route même
s’étourdissent
dans les circularités noueuses des canalisations archaïques
qu’ils franchissent enfin

l’ascension est laborieuse
ils peuvent s’essouffler
les uns après les autres
ou plusieurs à la fois
se fâcher entre eux
se déclarer incompatibles
piétiner pour des broutilles douloureuses

puis se rassembler à nouveau
s’organiser différemment
et repartir ensemble à la découverte d’un autre regard

lorsqu’ils gagnent les sommets des songes
où entrevoir la lumière ouverte annonce l’expulsion du tunnel
ils n’optent pourtant pas pour le trajet direct
ils poursuivent dans la lenteur
et gravissent les contournements
jusqu’au pavillon interne de l’écoute

il est possible alors d’être gagné par ce vertige effrayant
qui s’empare de soi avec le mal et la peur…
on redoute les sueurs glacées de la déroute
et cette grande confusion
avec les mots qui tapent les tempes et secouent la surdité du langage

eux les mots
ils s’accrochent encorps aux contractions qui les compressent et relâchent en mouvements irréguliers
ils visent la gorge
et juste derrière le col de la déglutition
la grande expulsion finale

laissant derrière eux la résonance cogner à l’oreille de la pensée
et quelquefois la stimuler violemment en piqûres lancinantes
les mots tenaient la corde fragile de la voix
au bout de la traversée

si le passage demeurait trop étroit
ils utilisaient le chanvre du lien pour provoquer un éternuement des idées
et qu’enfin survienne
en flots libérateurs
l’écoulement de la parole source…

pourtant parfois les mots échouent
et le silence demeure


17 décembre 2014, torze

parfois les mots se racontent des histoires incroyables
auxquelles ils se frottent
comme à des morceaux de rêves tombés dans les poubelles

ils s’accrochent désespérément au fil fragile
qui passe de la bouche de la princesse
au baiser de la sorcière
parcourant ainsi les forêts d’aubes nouvelles
et les torrents de la torture amoureuse
dont les guerres des sexes accouchent parfois

au final débouchant sur la clairière
ils ouvrent les yeux sur la disparition des ombres en pleine lumière
et leurs illusions s’évanouissent sous le coup moral de la conclusion

après
ils n’osent plus rien se dire
ils sont dépités


18 décembre 2014, torze

 

il arrive que les mots traversent sans conscience
les passages protégés
ils effraient tout le monde
ils prennent trop de risques
on pourrait les confondre avec les bisque-rages des provocations
et leur foncer dedans
sans autre distinction

on les klaxonne
on les tamponne
mais on dirait qu’ils s’en cognent
comme des quarante ans de la bonne

ils restent à leur vadrouille
les nez dans les étoiles
les barrières invisibles
ils lèvent tous les voiles du sensible
avec l’insouciance impertinente du négligent

ce n’est pas qu’ils font l’enfant non
mais peut-être l’adolescent
un peu casse-cou
vaguement arrogant…

alors on reste là
les bras ballants
en attendant qu’ils passent


19/20 décembre 2014, torze

 

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Commentaires

09.03 | 22:54

cool Gérard... merci pour ton passage

...
09.03 | 07:58

J'ai passé un bon moment des mots scions

...
05.03 | 21:15

oh merci ! Dome...

...
05.03 | 19:43

Bravo Betty pour tes créations ! :)

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