correspondance d'amoureuse...

mon amour (1)

mon amour

je vous écris depuis la nuit matinale
un peu avant de gagner ma couche

j’ai hésité à prendre la plume à votre adresse
c’est une première fois…
cela m’intimide

je vous écris surtout je crois
pour marquer le souvenir de votre présence à mes côtés
avant qu’il ne se dissipe dans votre absence floue

c’est ainsi peut-être que les hommes deviennent des fantômes
en persistant à se tenir sur les rangs de la distance
jusqu’à risquer de disparaître…

je crains parfois que nous courrions ce risque
avec ces grands écarts spatio-temporels
aimantés à la croisée de nos parcours…

 

 

                                                             11/12 avril 2016, baise
                                                                             

 

mon amour (2)

mon amour

je vous écris du cœur de la nuit
avant ma couche encorps…

je me demande si cela pourrait devenir un rituel
et s’il faudrait s’en méfier
tel un genre d’habitude ankylosante ou d’addiction fixe à la correspondance amoureuse

je vous écris pour nous maintenir en vie
sans savoir si vous l’êtes
ni dans quelles contrées plus ou moins secrètes vous jouez les battements de votre cœur à la guerre

je fais comme si vous receviez normalement chacune de mes lettres
comme si elles parvenaient entre vos mains avec la même fébrilité que celle que je connais à vous les écrire

je crois savoir que cela est vraiment nouveau pour vous
… une femme qui vous écrit
comme ça
un peu chaque jour
avec le risque de se mettre
à vous parler d’amour

je sais
- on me l’a dit…
que cela ne se fait pas
de risquer l’impudeur du cœur

mais je prends quand m’aime
prends et reprends ma plume
à votre adresse
- une forme d’inconséquence peut-être
face à la trappe de l’amour…

il se pourrait aussi
qu’à vous écrire ainsi
conduite ou ça veut bien
dans les cheminées à souvenirs
le désir s’empare de mes lèvres

et je pourrais alors
vous embrasser à pleine bouche…

 

                                                           12/13 avril 2016, baise
                                                                             

 

mon amour (3)

mon amour

les bruits domestiques persistant après l’endormissement des humains renforcent le silence lié à votre absence
un manteau de vent glacé m’enveloppe régulièrement
invisible
personne ne le devine
mais le froid qui avance dans mes veines s’y installe

je songe à vos mains fines
à l’enveloppement de vos bras
à ma fragilité coquillée dans la chaleur secrète de votre carapace

autant d’images et d’éprouvé à saisir comme des captations positives nourricières rares…

mais je les perds sitôt que leur résonance se fond à l’illusion de vous
hors de ma réalité quotidienne
tel un fant’homme auquel on se serait lié dans l’évanescence même du lien
une alliance vaporeuse dont on finit par douter soi-même de l’existence


je tente régulièrement
pour comprendre votre silence
d’imaginer les moments qui peuplent votre vie

lorsqu’il s’agit du pire
de votre lutte à rester debout sous les coups de canon
je me retranche aux tréfonds de ma culpabilité à souffrir de ma condition humaine

d’autres fois je me dis que vous devez bien tout de même parfois bénéficier de quelques récréations
des permissions comme on dit
- des permissions de quoi ?…

alors… alors c’est terrible mon amour
terrible et atroce
je n’oserais vous dire les chemins de traverse dans lesquels je déambule avec mon manteau de vent glacé
non… vous trouveriez cela impudique
voire indécent

vous n’en verrez que les traces profondes
un jour peut-être
si vous revenez…

 

                                                          13/14 avril 2016, baise

 

mon amour (4)

mon amour

j’ai rêvé de vous la nuit dernière
vous traversiez un champ vers moi
loin d’abord
puis de plus en plus près
jusqu’à être tout près de moi
et vous poster en croisant les bras
avec votre demi-sourire
et vos yeux francs dans le fond des miens

vous étiez comme un soleil
dans la lumière du jour

 

                                                         14/15 avril 2016, baise

 

mon amour (5)

mon amour

j’ai pris aujourd’hui une décision importante
pour m’aider à patienter à tenir
en attendant le jour de nos retrouvailles !

voilà
je vais vous faire des boîtes
- vous vous souvenez n’est-ce pas ?… combien j’aime les boîtes
j’en possède des dizaines
de toutes sortes toutes tailles formes couleurs
pleines ou vides

eh bien dans chacune de ces boîtes vides
- plus toutes celles que je continue de conserver régulièrement
je vais déposer pour vous une trace du jour
- ou de la nuit…
un petit quelque chose extrait de mon existence quotidienne…
un poil de chien une fragrance un pétale de fleur une tique de Pablo une miette au beurre la page d’un livre une dreadlocks dans sa mousse parfumée un jus de citron mon bijou brisé ma poubelle de bain un chewing-gum refusé une ombre de Mishâ…

bref

je mettrai tout ceci ou cela ou rien
dans ces boîtes multiples
- pour vous…


                                                                   15/16 avril 2016, baise
 

 

mon amour (6)

mon amour

j’ai renoncé quelques temps à vous écrire en attendant la dissipation de mes brumes matinales

les angoisses étendues sur les champs du vide amoureux prennent possession de ma couche
je ne peux plus m’y lover qu’à l’extinction de toutes mes énergies vitales
lorsque plus rien des besoins humanoïdes n’atteint la précision de mes regards
et que le sommeil s’est emparé de mes veines

je dessine alors au plissé de mes draps le souvenir de votre être-là
avec au cœur la peur du flou montant sur l’image de nous

je m’écartèle aussi parfois dans l’éclatement de l’ivresse têtue
le chant des ruines alors se fait moins sonore
et je peux retrouver sur les champs des oiseaux de nuit
le timbre de votre voix


                                 

                                                                               2/3 mai 2016, baise

 

 

mon amour (7)

mon amour

j’ai rêvé la nuit dernière du vent qui se lève
s’élève entre les courroies de vos mains longues

il me dressait contre vous sur le soleil jeté en avant de notre ferme
étendu sur les parfums de l’herbe fraîchement coupée par vos soins

la voisine me grondait avec ses yeux méchants
parce que ça ne se fait pas d’aimer comme ça
ouvertement

elle me jalousait… c’est sûr

vous… vous étiez mûr à point pour vous lover contre mon sein
en éprouver la densité la texture fondue entre vos mains

et nous savions l’un et l’autre
avec nos ombres étendues parmi les draps flottants
que nous irions bientôt coucher la lie de nos amours
dans le lit de votre retour

mon amour…

 


                                                                   4/5 mai 2016, baise

 

 

 

mon amour (8)

mon amour

je me suis éveillée ce matin avec un désir cru planté au fond du sexe
vibrant jusque dans mes reins
longeant l’ascension vertébrale de ma colonne avant de se nicher au creux de ma nuque activée soudain au souvenir érectile de votre morsure

vous savez… ces moments rares où je me rends
animale
à votre possession sans résistance
uniquement capable de grogner de plaisir et d’incompréhension
remise à vous sans crainte
démise à ma conscience
inexistante et pleine…

à retrouver tout cela
le temps d’ouvrir les yeux dans la lumière naissante
mes seins déjà disaient
tendus à point
tout ce que la chape de l’oubli avait dissimulé de mes rêves…

dans l’émoi violent de ce désir de nous liés à la chair
le cœur secoué par terre
la peau ramifiée par nos traces moléculaires
que faire ?

soulager par moi-m’aime l’invasion du désir m’eût rendu le sommeil auquel il m’avait arrachée… je le savais
je me rappelai cet étourdissement laissé par l’apogée du plaisir dans nos après-midi buissonnières
prolongé par l’évanouissement auquel nous nous laissions succomber encorps enlacés
inertes et souriants…

m’accrochant alors à ce rêve enfui
je décidai finalement de refermer les yeux sur les charmes des souvenirs
et me plongeais encore dans l’endormissement
en quête de l’espoir de leurs prolongements…


                                                                             6 mai 2016, baise

 

mon amour (9)

mon amour

il s’est aujourd’hui passé quelque chose de terrible… quelque chose qui me fait redouter le pire…
pour vous… pour nous

c’est à notre voisine que c’est arrivé
- pas celle qui me regarde si souvent avec ses yeux jaloux et méchants… non… celle-ci m’indiffère !
mais notre gentille et jolie voisine au regard de la mer
vous savez…
elle est un peu mon amie dorénavant
ces temps de guerre solitaires nous ont rendues solidaires
elle vient quelquefois le soir veiller avec moi près de la cheminée ou m’invite parfois à partager son thé
nous ne parlons pas toujours
il nous suffit souvent de rester assises longtemps l’une contre l’autre ou de nous presser les mains en pleurant pour nous comprendre
d’autres fois nous nous apportons mutuellement de l’aide pour les travaux difficiles auxquels nous ne saurions seules venir à bout…
il nous arrive d’en rire en nous disant que finalement nous parviendrions très bien à vivre sans les hommes qui ignorent tellement de quelles forces nous sommes capables… les femmes…
mais nous savons l’une comme l’autre que nous n’y croyons pas vraiment et que nos ironies coquines ne sont qu’un moyen comme un autre de nous tenir encore en vie…
enfin c’est une belle personne
comme elles sont devenues rares…

eh bien figurez-vous qu’hier
elle si douce et pudique
est arrivée chez nous dans une course folle au point de me faire douter d’abord qu’il s’agissait bien de sa personne…
figurez-vous que j’ai entendu ses cris avant même de parvenir à la distinguer dans le soleil franc du midi…
elle m’est parvenue tout essoufflée échevelée les joues rougies et le visage ruisselant de larmes dont je n’ai pu d’emblée discerner qu’elles provenaient… d’une immense vague de joie ! oui… de joie !
car après ce temps interminable que je connais aussi de silence et de doutes terrassants
elle venait de recevoir
enfin !
une lettre de son Paul…

oh mon amour je vous le dis
je n’ai pu moi-même retenir les miennes et l’ai rejointe sans effort dans ce flot si puissant d’émotions…
c’était si beau à voir
ses sanglots mêlés à des sourires rayonnants que je ne lui avais jamais vus
ses mots confus noués mélangés
ses tremblements de mains lorsqu’elle déplia la feuille froissée pour me la lire relire et encore une troisième fois…
son Paul lui disait tout son amour
la douleur du manque
la caresse du souvenir de leurs émois pour apaiser les souffrances des combats et l’angoisse de la mort omniprésente
et qu’il espérait revenir bientôt
et qu’elle l’attendait encore
et qu’ils feraient plein d’enfants…

je vous le dis mon amour
je l’ai jalousée un instant
car vous ne m’avez pas écrit vous depuis si longtemps
- oh je ne vous reproche rien… je me doute que tout est si difficile là où vous êtes… et peut-être d’ailleurs m’avez-vous écrit sans que votre plume n’ait pu parvenir jusqu’à moi…

pour l’occasion si rare je suis allée chercher dans votre cachette malicieuse un flacon de notre eau-de-vie d’abricot et nous en avons bu deux petits verres chacune qui nous ont aidées à reprendre notre respiration tout en poursuivant sur le chemin de nos rêves et de nos espoirs…
c’était vraiment un joli moment
comme je n’en avais pas rencontré depuis si longtemps que j’en avais oublié m’aime l’existence…

mais voici mon amour
- pardonnez mon langage…
comment la vie est chienne avec les personnes même les plus belles…
car aujourd’hui… aujourd’hui ce n’est pas une lettre pleine d’amour et d’espoir que notre petite amie Fanny a reçue…
non… aujourd’hui c’est la mort qui est parvenue jusqu’à sa demeure
en la forme de deux officiers missionnés pour lui apporter la nouvelle… l’horrible nouvelle de son Paul décédé…
oui mon amour… vous m’avez bien lue… Paul notre cher voisin rieur et presque ami avec qui nous avons partagé de ces fameuses parties de cartes et de pêche… Paul est mort au combat

nous ignorons encore les détails sur les conditions de cette atroce nouvelle et je me demande s’il ne vaudrait pas mieux
pour Fanny surtout
que nous n’en sachions rien…

je suis triste de vous informer à mon tour de cet événement qui à coup sûr va nourrir plus encore le désespoir que vote condition vous fait probablement connaître chaque jour
et dont je crains malheureusement qu’il ne soit pas le dernier…
aurais-je dû me taire ?
le doute bien sûr m’accapare tout entière…
mais nous nous sommes promis un jour de ne rien nous cacher
je ne l’oublie pas
et je vous supplie de ne pas non plus l’omettre…

et dans ce moment de rappel de nos serments
je ne vous cache pas non plus mon amour
la peur
– que dis-je ? l’angoisse…
dans laquelle cette histoire tragique me plonge à nouveau
contre et au-delà de toutes mes luttes…
celle que nous connaissions vous et moi le même sort odieux et injuste qu’ont connu en ce jour funèbre Paul et Fanny…

mon amour
restez en vie !
je vous en supplie
et revenez-moi
entre nos draps…

je vous aime
votre b.


                                                              7/8 mai 2016, baise

 

mon amour (10)

mon amour

je vais vous dire ce soir ce qu’il ne vous plaira pas de lire…
mais comme je vous l’ai rappelé dans ma dernière missive je crois
« nous nous sommes promis de ne rien nous cacher »
et c’est je pense une chose rare et précieuse
dans cet état de dislocation du monde où la parole comme l’engagement ont si peu de valeur pour si peu de personnes…
il convient dès lors je crois de la préserver à l’intime de nous
quoi qu’il nous en coûte

mon amour… cette nuit est d’ivresse
je suis ivre de vous de nous de votre absence insoutenable
et du silence qui l’accompagne…

je suis ivre de mon désespoir accouché à la lune montante sur nos plantations de l’hiver dernier
prêtes à éclore
ivre de ce flacon de notre eau-de-vie d’abricot fendu ouvert hier pour notre petite amie Fanny au bord de la mort-sûre solitaire et vertigineuse
ivre du grand vide auquel ouvre le non-avenir d’une terre dévastée pour nos enfants…

en temps de manque de guerre et de misère
c’est de l’indécence pure… telle ivresse… non partagée en plus !
d’aucuns qui m’observent de travers pourraient me considérer comme une ivrogne
outre me voir comme une catin
parce que je porte encore mes jupes courtes dont vous m’avez tant encouragée à habiller mes jambes trop fines
parce que vous les aimez ainsi… me disiez-vous
je les porte à votre souvenir
en l’honneur de vous
en rêvant chaque matin lorsque je les enfile que vous serez là le soir pour les faire glisser jusqu’à mes pieds…

oh je sais mon amour
que je devrais m’abstenir de vous dévoiler ainsi la morsure de la désolation qui emplit chacun de mes jours
que c’est vous abattre plus encore peut-être au fond de votre propre désespérance
et que vous m’aime ne m’écrivez pas la blessure sanguinaire de la guerre qui noircira vos jours jusqu’à la fin de votre vie…
pourtant je crois que cent fois plus je préfèrerais la connaître
la faire mienne
partager vos souffrances vos douleurs et votre peine
afin de vous en alléger un peu…

je ne vous poserais aucune question
si vous daigniez me dire un peu les monstruosités qui hantent le quotidien de vos jours et de vos nuits
je poserais le baume puissant et magique de mon amour sur vos plaies vives
c’est tout
j’oublierais aussitôt les avoir découverts tous ces morts étendus auprès de votre flanc
je ne vous demanderais pas si votre arme infernale leur a ôté la vie
ou s’il s’agit de celle d’un de vos ennemis…

mon amour… pourquoi donc avoir choisi de prendre les armes ?
pourquoi n’avoir pas fui entre nos arbramis pour combattre la guerre à coups de poésie ?
je me demande…
je vous demande
qu’est-ce qui vous a pris ?
d’énoncer un « oui » contre la vie ?…

mon amour
je vous ai promis la vie dans la sincérité de ma parole
mais à quel prix ?…


                                                                                 8 mai 2016, baise

 

mon amour (11)

mon amour

après le vent la pluie la tempête
après votre guerre infernale et sans fin
après les grandes sécheresses sur nos fleurs sans plus faim
et les demain sans lendemain
que nous restera-t-il ?
que pourrons-nous encore façonner avec nous
que les pleurs n’auront pas
dilué dans nos peurs ?

aujourd’hui m’a penchée comme l’abricotier tout au fond du jardin
et j’ai failli bien sombrer
dans la mélancolie molle où l’on ne peut faire… que plus rien

j’ai planté mes écrits sur des pages sans fond
sans ne plus être à m’aime de rêver à nos plages
infinies de dons
à nos couches de blé mûr et de vanille fraîche
à nos corps emmêlés dans nos cœurs silencieux
ils me reviennent encorps à la lune pas pleine
qui n’assombrit jamais les fantômes de vos absences…

parfois
- pardonnez-moi… c’est terrible tant d’éloquence…
je me demande si je ne préfèrerais pas
vous savoir mort
et pouvoir vous pleurer au-devant de nos océans d’amour purs
pour entamer un deuil qui n’en finirait pas
mais dont je saurais enfin
les limites accessibles

votre silence m’est terrible
et j’oscille sans cesse dans ce questionnement
récurrent :
est-il destiné à me protéger mieux de vos tourments violents ?
- votre silence…
ou bien à vous aider
vous
à me fuir un peu plus chacun des jours qui passent ?

mon amour…

je devrais peut-être
pour nous empêcher de souffrir
dans nos vies éloignées
cesser de vous écrire…

 

                                                              12 mai 2016, baise

 

mon amour (12)

mon amour

après le vent la pluie la tempête
après votre guerre infernale et sans fin
après les grandes sécheresses sur nos fleurs sans plus faim
et les demain sans lendemain
que nous restera-t-il ?
que pourrons-nous encore façonner avec nous
que les pleurs n’auront pas
dilué dans nos peurs ?

aujourd’hui m’a penchée comme l’abricotier tout au fond du jardin
et j’ai failli bien sombrer
dans la mélancolie molle où l’on ne peut faire… que plus rien

j’ai planté mes écrits sur des pages sans fond
sans ne plus être à m’aime de rêver à nos plages
infinies de dons
à nos couches de blé mûr et de vanille fraîche
à nos corps emmêlés dans nos cœurs silencieux
ils me reviennent encorps à la lune pas pleine
qui n’assombrit jamais les fantômes de vos absences…

parfois
- pardonnez-moi… c’est terrible tant d’éloquence…
je me demande si je ne préfèrerais pas
vous savoir mort
et pouvoir vous pleurer au-devant de nos océans d’amour purs
pour entamer un deuil qui n’en finirait pas
mais dont je saurais enfin
les limites accessibles

votre silence m’est terrible
et j’oscille sans cesse dans ce questionnement
récurrent :
est-il destiné à me protéger mieux de vos tourments violents ?
- votre silence…
ou bien à vous aider
vous
à me fuir un peu plus chacun des jours qui passent ?

mon amour…

je devrais peut-être
pour nous empêcher de souffrir
dans nos vies éloignées
cesser de vous écrire…

 

                                                         13/14 mai 2016, baise

 

mon amour (13)

mon amour

je continue à vous écrire
malgré moi mes doutes énoncés mes peurs du lendemain mon quotidien de pleurs
je vous écris encore…
je crois que c’est seulement lorsque je serai morte
que ma plume cessera d’agiter mes jours et mes nuits
et si un jour elle s’éteint
c’est qu’elle annoncera ma fin…

alors tant pis ! tant pis
si j’écris pour rien pour personne pour mes fantômes ou votre fant’homme
sans elle je ne vaux plus rien

mon amour
je veux vous dire aujourd’hui
des choses un peu moins lourdes
que celles portées je crois par mes dernières lettres…
vous dire un peu de ces petits bonheurs simples de la vie
auxquels je me suis accrochée aujourd’hui pour combattre
- en pensant à vos propres luttes…
la mélancolie

aujourd’hui…
j’ai semé la vie !
j’ai plus encore embelli notre jardin en déposant dans la terre remuée de mes mains
quelques boutures semis
recueillis ici ou là
dans la nature
dans les jardins des voisins
ou dans quelques ronds-points encore fleuris malgré les abandons des jardiniers partis
comme vous
à la guerre
- je les ai donc volés parfois je le confesse…
mais « à la guerre comme à la guerre » !
que voulez-vous… il faut bien qu’il y ait aussi quelques avantages aux situations les plus mortifères…

j’ai planté d’abord des fleurs…
de tous petits pieds que j’ai choyés
de lantana de camélia et de passiflora
et même un petit rosier
rouge
qui grimpera sur notre balustrade
si les dieux du soleil traînent encore par là…

j’ai aussi mis en terre un plan de basilic
pour nos tomates à la mozzarella
- vous les chérissez tant !
et un autre de coriandre
pour nos soupes asiatiques
ou mon houmous des pays d’orient…

enfin j’ai bêché… bêché
et affiné la terre
pour espérer y voir pousser
dix pieds de tomates tuteurés
et quatre petites salades au cœur vermeil
encore bien fragiles…

j’étais fière de moi !
- excusez-moi… ça n’est pas très humble…
et j’ai prié prié
ce bon dieu en lequel je ne crois pas
pour que vous soyez là pour déguster tout cela
en regardant nos fleurs
à l’ombre du cyprès
lorsque le plein été sera venu à bout de leur croissance
et que sans rien nous dire
en souriant
aidés par un ou deux pastis glacés
et d’un rosé bien frais
nous nous renverserons
sur le flanc
repus
heureux
avant la sieste…


                                                                  13/14 mai 2016, baise

mon amour (14)

mon amour

je vous en veux ce soir
et j’ai même hésité à vous nommer « mon amour » pour débuter cette lettre dont je pressens la violence…

je vous en veux de n’être pas là    ni ce soir    ni hier    ni demain

je vous en veux de m’avoir laissée   puis abandonnée
seule
dans cette maison pleine de notre passé
sans avenir sans rien pas même avec un enfant déposé dans mon nid

je vous en veux de cette absence qui s’étire indéfiniment
et de votre silence éloquent

êtes-vous mort ?
non ! si vous étiez mort j’en aurais été avertie
comme l’a été notre petite amie Fanny

et moi qui l’ai tant prise en pitié en amour en amitié
face à cette nouvelle terrible de la mort de son Paul
je finis par l’envier
oui ! l’envier…
pour la deuxième fois je succombe à ce sentiment    bas
d’abord parce qu’elle a reçu des nouvelles de son Paul
des nouvelles pleines d’amour et d’espoir…
certes… juste après il est mort
mais elle sait elle SAIT qu’il est mort en l’aimant
et tout rempli de désir d’être auprès d’elle

tandis que vous… rien
je ne sais RIEN de vous !
je peux tout imaginer
en commençant par le pire…

bien sûr Fanny maintenant est triste à mourir
mais au moins elle SAIT à quoi s’en tenir
elle peut avec au cœur l’amour de son Paul
en commencer le douloureux deuil
tourner peut-être
- essayer du moins…
une page de sa vie
mais moi… RIEN ! rien…
je navigue en toute hypothèse… toute conclusion
et vous savez combien mon imagination peut ouvrir à de nombreux chemins
comme elle est vaste et capable de m’avaler toute entière…

alors je vous en veux… oui !
je vous en veux à vous abattre
avant même que vos soi-disant ennemis
- d’autres humains en fait… comme vous et moi…
aient pu vous approcher pour attenter à vos jours

et si j’étais là
présente au-devant d’eux
je me dresserais pour les en empêcher
afin de vous achever moi-même
comme ça
d’un seul coup direct et bien tranchant

je vous pleurerais oui
c’est certain
jusqu’à la fin de mes jours peut-être
mais vous l’auriez bien mérité !

et puis… vous si prétentieux  
je sais qu’au fond de vous    vous en tireriez encore du plaisir
là… à votre dernier souffle
d’être exterminé par la colère d’une femme aimante

c’est peut-être encore le pire…
jusqu’au bout vous sortiriez vainqueur
quitte à y laisser la vie
quitte à faire mon plus grand malheur…
et encore vous diriez    que vous m’aimez !

je vous hais peut-être en cet instant
et je vous en veux plus encore de faire en moi pousser ce sentiment grotesque
qui va tant à l’encontre de mes valeurs

je vous en veux
je vous en veux !
je vous en veux…

je vous en veux d’être parti
d’avoir choisi le combat de la mort plutôt que celui pour la vie

je vous en veux d’avoir choisi la guerre
contre l’amour de l’humanité
autour duquel nous avions tant philosophé

je vous en veux
- éperdument !
d’avoir pris les armes plutôt que le maquis

partout… n’importe où
je vous aurais suivi
sur les chemins de la paix et de la poésie…
je me serais moquée d’une vie misérable
si ce fût pour acquérir un peu plus de noblesse    au cœur…
j’aurais combattu… oui
combattu ! à vos côtés
pour un combat contre la guerre

que pensiez-vous gagner
par ce choix dégradant ?
une étoile d’argent ?
sur un uniforme taché
de moisissure et de sang…

non… non vraiment
à y bien réfléchir
je ne vous retrouve    reconnais pas dans ce choix-là

au nom de quoi ? de quelles idées ? m’avez-vous quittée…
au prix de quoi ?
de votre vie ? la nôtre ? celle de notre enfant impatient à paraître à la sienne ?

je me souviens
souvenez-vous
de cette chanson que nous reprenions le soir avec votre guitare…
« mourir pour des idées d’accord mais de mort lente… d’accord… mais de mort leeente… »
quelle idée vous précipite donc à vouloir mourir si vite ?
vous ! vous qui aimez tant la vie et ses innombrables jouissances
et dont vous me dressiez la liste dans mes passages enclins à la mélancolie…
et moi alors ?
moi… ne suis-je pas pour vous
- comme vous me l’avez dit et répété cent fois
ce fil d’Ariane qui vous lie à l’amour ?
vous relie à la vie ?

non non… je ne vous saisis pas dans ce choix-là
je ne vous comprends plus
et je me dis ce soir que je vous ai perdu
quel que soit le futur
le vôtre    le mien
- je crois qu’il n’y a plus de nôtre…

et je vous en veux !
je vous en veux ce soir
à vous donner la mort…


                                                           16/17 mai 2016, baise

 

mon amour (15)

mon amour

je ne vous ai plus écrit depuis plusieurs jours
et vous avez dû m’entendre dans mon silence
et peut-être à votre tour
vous cogner au poids démesuré de l’absence…

car aujourd’hui
un petit miracle
un bonheur étendu en grand
est arrivé en ma demeure
à la bonne heure !

car aujourd’hui
j’ai reçu une lettre de vous !
oui… enfin !
quelques mots de vous…

ce n’était pas vraiment une lettre
mais pourtant si !
quelques mots qui disent nous
quelques mots qui disent tout
suffisent à faire une lettre…

« je ne t’oublie pas
je pense encore et toujours à toi
mais tu sais autant que moi
combien la vie est dure…
je t’aime
tendrement à toi… »

le temps et l’eau boueuse l’avaient toute détrempée
je ne sais ni d’où elle vient
ni de quand elle date
mon adresse et mon nom
étaient tellement délavés
que c’est vraiment miracle !
qu’elle soit parvenue jusqu’à moi

mon amour… ô mon amour
je voudrais vous dire
que je vous aimerai toujours…
je veux y croire
me tenir à ce nous que nous avons commencé à construire
j’ai tant ri ! j’ai tant pleuré !
je n’ai pas pu
comme notre petite amie Fanny
courir vers elle
avec ma respiration saccadée
pour lui faire partager
tout mon bonheur

je n’ai eu envie de personne
personne d’autre que vous
déposé là contre mon sein
que je sais arrogant sous votre main

vous ne me quitterez plus
vous n’êtes plus loin désormais
mais là
tout contre moi
à ma peau collé
à mon souffle battant
comme lorsque vous me préparez
à recevoir votre baiser…

ô mon amour
quel cadeau de la vie se peut tenir en quelques lignes
salies griffonnées
mais déposant tant de sacré
à l’intime de soi(e)

j’ai tant ri ! j’ai tant pleuré !

en l’honneur de vous
aujourd’hui j’ai travaillé
j’ai travaillé…
non pas aux fleurs de notre jardin
ni au verger
ni au potager
non…
j’ai travaillé à ce que vous m’avez tant encouragée à poursuivre
à propager…
j’ai travaillé aux mots de ma peauésie
à les dissoudre
les condenser
à en extraire l’essence
à les diffuser…

vous auriez été fier de moi
comme vous me le disiez quelquefois
en m’embrassant les yeux
en enlaçant ma taille…

aujourd’hui
avec et malgré la guerre
toutes les guerres
j’ai rassemblé mes textes en un recueil
et j’ai pris ma bicyclette
j’ai roulé jusqu’au bureau de poste encore ouvert quelquefois
et j’ai tout envoyé
… à un éditeur !

oui voyez-vous
j’ai réussi à faire cela
et c’est grâce à vous
et si vous aviez été là
vous auriez été fier de moi !

je l’ai fait pour vous
en votre honneur
en votre hommage
pour le symbole de nous
qui brille encore là quelque part
parmi les champs de boue…

mais sur la boue gît encore
la peauésie

je vous aime mon amour…

 


                                                            24/25 mai 2016, baise

 

 

mon amour (16)

mon amour

le temps s’étire autrement depuis vos quelques mots reçus – griffés
d’amour déversé sur la trempe de mes jours…
je les porte à mon sein
tout près du collier que vous savez
qui ne me quitte pas

le temps c’est la routine
la dureté des morts qui se couchent à vos côtés - et qui m’atteignent aussi
- la mort… elle nous atteint jusqu’ici

ma routine c’est l’indécence étendue à vos pieds - elle n’existe pas
seuls les mots pourraient nous en affranchir
mais les mots - pour vous
n’existent plus
ils ont fui la peur
de se découvrir - plus mort que jamais
et qui ne les rend
plus tout à fait vivants - et nous non plus d’ailleurs
nous sommes devenus - l’un à l’autre
des fantômes errants parmi la lande incertaine
et les mots - nos mots de chants et de poésie
au coin du feu
sont des fleurs de pierre
fanées - saisies
à l’écume grelottante où nos murs se sont fermés - l’intime lyrisme
ce poids énorme et délicat
célèbre le marasme
de nos demain tragiques et sombres…

vous le savez n’est-ce pas ?
nous le savons tous les deux
cette guerre n’en finit pas
et l’anxiété de mon courroux pourrait visser la cause - brutale
de notre déchirure

vous attendre - belle et violente d’amour
dans l’été qui ne vient que par bribes – des allumettes opulentes - sitôt maussades
c’est une ironie cinglante jetée à la bouche du bourreau
- celui qui tous nous domine
… et nous touche

dans la mare-bouclier
qui pourrait encore nous préserver
votre reflet - de temps en temps
me sourit

mais c’est un sursaut de nos signes
- un déchirement


                                                                5/9 juin 2016, baise
                                                                             ©bettyginipeauésie

 

 

mon amour (17)

mon amour

vous savez mon amour
lorsque nous n’aurons plus demain
- après    après-demain
à caresser que les ombres du vocabulaire amoureux
broyé à la tension des jours    - une bouche cruelle
greffée du zénith au nadir
encore je ne vous    - nous ne nous
oublierai    - oublierons pas

nous vaquerons
distraits et affreux
perdus déjà
dans la moiteur de nos restes    - os de chair fraiche
sur nos îles amantes

vous pourrez saisir les belles passantes
et moi les mâles désirants
- sans amour

nous jouerons les jeux du faux-semblant
dans les couteaux de la nuit

nous serons l’un pour l’autre    - l’un à l’autre
dans l’éternelle infusion du temps qui dort
et les coupes de vin blanc
me rappelleront vos cheveux d’or brun
- mon prince des sables mouvants

ma veine sciée à la vôtre
- sa trace hors de tout oubli
pourrait infiltrer les montagnes
et tout l’éphémère des fleurs des champs
- elle vous gagnerait encorps
le cœur résistant à la mémoire

je suis vous    - vôtre
votre parole tue
votre mise à nue
par-delà toute guerre
- riant au nez des apôtres vulgaires

vous le savez
nous le savons tous les deux
au moment du soleil touchant
ma peau    - la fin du jour sur l’eau
- l’étang

 

                                                          10/11 juin 2016, baise
                                                                      

 

 

 

mon amour (18)

mon amour

dans la glace       aujourd’hui
mon arrière-front m’a conduite

levé    - le volet
mon œil avise
l’angle aigu    - mon profil
m’enseigne en bloc
sans m’épargner
fixement
sale et lasse
- une aubade sans commisération pour une souillon
aux plis dressés
j’abdique
penchée    - blême

le brouillon d’une veuve
reculant avant de s’asseoir
distribue nos gouttes mutuelles

être - dos au mur
la nuque au seuil de l’interdit
- soudés au vide

ça empeste les pensées    - lames
logées dans les lieux anonymes
une trousse de secours    - j’appelle
au débarcadère    - accoudée
l’écho de nos gestes
une chevauchée d’arbres orageux     - grandissant
ma traîne réajustée
- un rebord où me suspendre
une maison    - à retaper ensemble

 

                                                   11/12 juin 2016, baise

 

 

mon amour (19)

mon amour

un entrain excessif    - ô réveil
m’a soulevée jusqu’au grenier
j’ai déniché la petite clé de poussière    - délaissée
et grimpé les marches grimaçantes

là-haut la grande porte
avait son air sombre et furieux
semblait m’avoir trop attendue    - depuis longtemps
et me scrutait avec condescendance
son inertie    - lourde
sa résistance    - mutique
- mon effroi dans le dos

je la suppliai
faible comme un enfant
qui surprend l’expression des fausses bontés
dans la voie des anges

volte-face    - je fis    - ou l’enfant
et dans mon dos
ce que l’on voit après    - l’essentiel
ma volonté dans le cliquetis
la serrure à l’envers

derrière
un réverbère malheureux
m’attirait en courant    - m’effrayait

tout ça ! pour un affreux gâchis
- en noir et blanc
la honte sévère
étendue placidement à mes pieds
- une littérature des vieux remords
échappée    - m’échapper
des cruautés concertées

dans l’ombre d’une idée

ruer dans l’infection rauque    - me ruer
la fenêtre    - au bout du fond
une étonnant cadeau    - lucarne
éblouissant la matinée
une toquade    - la mienne
assouvie à l’image d’elle-m’aime
- notre liaison
à l’admiration forcée des capucines
l’absolu de la recherche    - irrésistible
ascension    - le grenier
- nous y retrouver

quand ?

                                                       12/13 juin 2016, baise
                                                               

 

 

 

mon amour (20)

mon amour

vous savez mon amour
certains soirs en corolles
dans la cave du désespoir
je m’avoue folle
- une dingue attachée au sillage de l’humanité
sa gentillesse devenue mortelle
- un squelette dans sa plénitude de nacre
embarrassé de sa culotte en crêpe et dentelles

par-delà les meurtrières de mon cachot
les chemins cahotiques
où se concentre mon pèlerinage    - les décombres de nous
encouragent une frontière    - franchissable enfin !
- une atrophie de l’injustice
la promesse d’une terre grouillante à vos pieds
me devance    - j’avance en étrangère
épuisée mais heureuse
je ne suis pas riche      mais libre
extirpée d’une fosse gélatineuse    - un colmatage de vagues chaudes dans les interstices de mes déluges
je pourrais en pleurer de joie    - une cicatrice dans le paysage des spectres de moi
ça chauffe mes sangs de rôdeuse muette    - un combat où se mêlent endurance et fierté

vous bien sûr    - tel un arbre trébuchant à la marge des routes
vous ne dites rien
mes cils noirs    - décimés
sont votre proie    - votre problème à résoudre
qui vous enivre et vous dérange
je suis la balance de votre apocalypse
les mouvements de votre apathie
votre éboulis magistral
les ricochets de votre intimidation en cascade fixe

allons ! trinquez !    - trinquons
votre flasque est si pleine
de rhum au miel citron    - un pillage inconcevable dans les bazars au sol   jonché
de membres sans tête

faisons la fête !


pendant que vous brassez
votre ennui mal roulé dans l’exutoire de l’immonde
j’affronte    - mon sablier figé

 

                                                14 juin 2016, baise
                                                              

 

 

mon amour (21)

mon amour

je vous crois m’avoir perdue
- ce soir
ou peut-être est-ce moi…

dans cette guerre    - vous semblez roi
et vous savez combien je tends à préserver
ma liberté
- n’est-ce pas ?
je ne saurais m’assujettir
à l’absence de volonté d’un roi
- fusse-t-il vous… fusse-t-il toi !
dans mes rêves pourtant
vous n’êtes rien d’autre que vous
et moi     - rien d’autre que nous

je vous croise    - ardent
démuni de votre masque tragique
entre les rayons d’une bibliothèque triomphante
votre élégance irrésistible
mes sourires aux abois…

votre vitalité s’exécute en une sombre joie
- une évidence au mépris de vote lassitude…
et votre curiosité    - surprise
vous mène à chavirer à vos désirs mélancoliques

je vous observe    - la tête penchée
mon conquérant désarmé
docile et belle à vous ennuyer
vous aimez cela n’est-ce pas ?
cette menue manière de vous aimer…
cette sourde confiance
en vos yeux intelligents
vous attendrit et vous renverse

vous détestez    - je sais
la candeur et l’emprise de cette force aveugle
- amertume forgée    à l’éblouissement
une indulgence déchirante
rompue aux fleurs    de mes tremblements
- supplications d’une héroïne
confuse et figée
à son désir violent

ma désinvolture vous déroute
- je sais…
et plus je vous entoure de mon estime délirante
plus vous êtes ivre de votre chance   - éclatante et fortuite
tendue à la vanité de la désillusion
- votre vanité
charmée dans sa virilité incertaine
je la connais si bien…
elle se promène à l’arrière de votre mauvaise mine
tel un reflux d’existence
entre votre humeur désemparée
et ma chevelure   - précieuse
à votre accomplissement
- avant qu’elles s’aiment entre elles…

à bientôt mon amour…

 

                                                   20/21 juin 2016, baise
                                                             ©bettyginipeauésie

 

 

 

 

mon amour (22)

mon amour

le quotidien - ici… le mien
qui fut le nôtre
avant l’appel têtu - venimeux
à l’arrière du front - le vôtre
je vous l’avais dit indécent
- étendu à vos pieds
défonçant la boue

mieux valait qu’il soit tu - à vous
avant que la beauté - loin de vous
ne vous soulève le cœur

c’est je crois une foi sans tenailles
- la beauté

je vous l’avais dit
- à moi peut-être - puisque je suis
vous - nous
une seule raison d’être…

et puis les pétales caressent le matin - l’aube
un trésor caché pour la plupart

sur la lumière perçant le rouge toilé
- ce vieux rideau affleurant le tapis
c’est le temps du quotidien
le mien - le nôtre
qui permet encore la vie possible
- le cœur m’en dit de vous en parler
moi immobile - à l’instant dans le lit
vous à votre guerre sans fond
et ni la peauésie
ni l’enfer ni l’amour
ni les coups de canon
ne sauraient prendre pouvoir
sur celui de l’instant…
l’instant
après celui du matin rouge dans les rideaux
c’est celui des éclairs tournoyant
depuis longtemps
c’est celui du petit chat
que vous ne connaissez pas
c’est celui de ma sueur
transperçant tous les tissus
jusqu’à ma peau
ma peau
vous n’en savez plus la saveur
- cette peur qui vous fascine
de s’étreindre de vous
je sais qu’un soir viendra
où elle - ravivée ailleurs
et vous - toujours pas là…

mon amour
qu’adviendra-t-il alors ?
de vous - de moi


                                    21/23 juin 2016, baise
                                               ©bettyginipeauésie

 

 

 

 

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Ecrire Debout Des Mots à Partager | Réponse 19.06.2016 11.24

Toujours comme j'aime!!! C'est du jazz. Ça swing les mots. Ça grince, ça coule, ça roule, ça balance. Langueur et précipitation. Les mots s'aiment entr'eux.

Guy | Réponse 09.05.2016 12.37

Seraient-ce ces écritures pour lesquelles
tu souhaitais ma lecture aiguïsée ?

betty 09.05.2016 15.33

...en tout cas
de t'y être arrêté
bizzz

betty 09.05.2016 15.32

eh bien non guy... il s'agit d'autres encore...
celles-ci sont récentes et encore inachevées
mais rien ne t'empêche de m'en dire quelque chose...
merci en tout

Jiminy | Réponse 08.05.2016 09.37

C est une guerre sans soldats, sans canon , une guerre de mots tièdis la nuit sous chaque couche. Sous la mienne les cadavres sentent la vanille et le blé mûr.

Jiminy 12.05.2016 03.29

Pour de tels mots je serais partisan de toute guerre Betty... Bienheureux sont les fous dans leur absence.

betty 09.05.2016 15.34

j'ignore qui tu es
mais c'est un fort joli commentaire Jiminy...
merci

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Commentaires

09.03 | 22:54

cool Gérard... merci pour ton passage

...
09.03 | 07:58

J'ai passé un bon moment des mots scions

...
05.03 | 21:15

oh merci ! Dome...

...
05.03 | 19:43

Bravo Betty pour tes créations ! :)

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