Essence moi

l'oracle des animaux

juste avant la journée de lutte internationale pour les droits des femmes – la veille
l’oracle des animaux s’adresse à moi
sous la forme du chien de prairie

aurais-tu - me sonde-t-il
laissé de côté tes besoins essentiels ?

replie-toi dans tes galeries intérieures
va te ressourcer à tes profondeurs labyrinthiques
marque une pause
avant la dislocation de tes ultimes forces
dispersées à tes insistantes persévérances
lâche - renonce
à la lutte
ose un pas de côté et regarde
- le temps - les autres…
et les rouages grippés se délieront

retourne à toi - à ton arbre souterrain
à tes cours d’eau secrets
à tes courants d’air
à tes ombres
à ta lumière

les naufragés de la solitude ont survécu sans toi – avant toi
ils attendront sur la pelouse
guettant avec une affectueuse gravité
le tournant du chemin
où tu pourrais réapparaître

ils attendront
que les chairs érectiles
te dressent à nouveau vers le soleil levant
que tu marches d’un pas lent et solide
vers l’âtre
où des rondes humaines se relaient sans arrêt – font une chaine autour du chaud

 

                                                                          7/8 mars 2017, quête
                                                                                     ©betty*gini*peauésie

 

J'en vois

 

J'en vois se résoudre
à l'abstinence de la floraison des choses
à la désespérance des matins sans soleil
oubliés jusqu'en l'existence
des soirs de l'une
où l'autre
vit en corps
quelquefois

j'en vois qui ne voient plus
l'invisible pour les yeux
l'essentiel à son zénith
en ouvrant leur boutique
de marchand d'îl(e)lusions
pour aveugles du cœur

j'en vois qui ont perdu
d'un seul coup leurs bons points
cachés dans les vieux livres
jetés au feu
ivres
et qu'on n'a pas pendus
pour l'embonpoint
de leur bêtise

j'en vois qui n'ont plus d'aile
à nourrir
de leur je crim'in'elle
et qui pleurent parfois
leur soumise à mourir
insoumise
pour finir

j'en vois aussi
qui se courbent l'échine
pour se lécher la pine
en rêvant aux bagnoles
parce que les femmes
elles sont vraiment trop folles
ces connes
pour se foutre à la colle

j'en vois encore tellement
plier en deux leur corps affamé
tomber assoiffés
vers la mort implorée
à la délivrance
de la souffrance
encorps telle ment
qu'à peine j'ose
l'évoquer à vos yeux
ouverts purs et moroses…

je n'en vois pas beaucoup
qui rigolent à la vie
qui s'affolent à l'amour
qui se donnent à l'âme yours
peauétique

mais j'en vois qui en meurent
à petit feu
c'est pathétique

 

1er / 2 février 2013, braise
texte intégré dans le spectacle

" le boudoir "

 

 

An other life

 

Je regarde pousser mes fleurs.
Jaune soleil des fins
d'après-midi d'été.

Cela ne sert à rien.
Du temps perdu.
Tout inutile.
Non productif.
Tout juste créatif.

A peine quelques graines
enfoncées dans la terre
un jour de pluie
les yeux ouverts
ou gris.

Je m'émeus d'un brin de
chlorophylle
qui perce un matin de doute.
Quelques millimètres à peine
pour capter mes errances
en quête de sens.

Je ne veux plus
de cette vie là
où la maltraitance de l'Homme
fait les grands écarts de sa condition.
Ils m'abiment l'âme et le cœur.

Je ne veux plus…
de ces amis électroniques
dans ma solitude en détresse
à la nuit désertique.

Je veux des corps et des regards
des mains qui se pressent
des peaux animales
qui exhalent leur humanité.

Je veux de la fêlure
au bout des doigts de feu
de mon homme
écorché au cœur.
Avec ses yeux miroirs
dans mes matins tout bleus.

Je veux mon elfe libre
de chevaucher à cru
la crinière en flammes
au-dessus des rivières
voluptueuses
de la prose et des vers.

Je veux la morsure
sanguine
entre les orangers d'Italie.

Je veux des vagues en fond sonore
la caresse des sables
les ombres sous la lune
les dunes sombres et or
où cueillir les voiquillages
de mes en corps à l'essentiel.

Je ne veux plus des
abondances aqueuses
entre mes draps de rêves
pour expier les jours sans fin
du labeur qui sert à quoi ?

Je ne veux plus des kilomètres
motorisés
à poétiser chaque seconde
au risque de la mort
contre mes arbramis.

Que serai-je demain
pour mes apprentis lutins
bien moins petits que moi ?

Une ombre fugace ?
Une trace volubile ?
Une sorcière débile ?

Je veux les rires éclatants
de mes enfants
grandis dans l'amour
de l'absence
en présence
puissante.

Je ne veux plus
de l'oppression des jours
de l'argent roi toujours
des grands n'importe quoi
sur les bourgeons de vie.

Je ne veux plus
d'un monde armé
entre les mains d'enfants
des hommes tout puissants
et des femmes violées

Je ne veux plus
d'océans laminés
de nos mers décimées
de la vie ravagée
de l'insulte au ça crée

mais du sacré
sans roi ni dieu
sans religieux sans peur

le sacré-incarné
dans mes trois brins de fleurs
que je veux regarder
- Poussez

 

 

 

 

avril 2011 - modifié le 4 mars 2012 - © Betty Gini Peauésie

photo : Bg

La promesse

 

Tu marcheras seul
à travers les forêts
à l'écoute,
le coeur ouvert
la mémoire aussi
sensible à tout

jusqu'à trouver
le mouvement du torrent
qui accueillera
mes cendres parsemées
entre tes mains
fébriles.

Et tu danseras
le sabbat
avec les elfes
des bois.

 

7 octobre 2010

Errances métaphysiques en quête de soi(e)

photo : MFA (mon fanthomme arrogant)

 

Je dois essayer de vous parler
de mon authenticité

de comment je la vis
comment je la perçois
comment je la définis…

moi je veux bien mais…
je ne peux pas 'parler' de mon authenticité
sans l'être moi-même
authentique
au moment même où je parle

sinon
ça ne se fonde sur rien
ce sont des mots qui s'envolent
des paroles
du vent
des concepts creux

si je vis une chose
je suis dedans elle
je suis elle

alors que si j'en parle
je suis déjà détachée d'elle
à une certaine distance
pour objectiver la chose
la regarder… comme ça
du coin de l'œil
la tête vaguement penchée
de celui
très concentré
qui réfléchit à ce qu'il observe…

alors voilà !
c'est bien compliqué cette affaire…
l'authenticité…

à moins que je décide
peut-être
non pas de parler de mon authenticité
mais plutôt
d'être authentique en parlant…

voilà oui c'est ça !
je vous parle là… comme ça…
et je suis moi
tout simplement !
tout simplement oui…
je suis moi…

- je ne sais pas trop où je le suis d'ailleurs mais enfin… on y va !

Bon alors je commence…
moi je suis… heu…
je suis… betty gini… je suis une femme…

oui bon
je sais que je ne possède pas tous les attributs pulpeux que l'on octroie le plus souvent à la femme
n'empêche que j'en suis une !...
et je peux vous le prouver tout de suite si vous voulez…

ah non... ah mais voilà !...
tu vois ça commence déjà à n'être plus possible !...
j'ai commencé il y a… quoi ? … allez trente secondes… une minute même mettons…
et là :
blocage
barrage
interruption brutale dans l'élan authentique
intrusion du regard de l'autre

l'autre…
cette foultitude d'autruis qui diffèrent de moi
l'autre…
mon semblable
mon même
mon m'aime
une poussière d'étoile dans une infinitude…

l'autre…
avec son éducation
sa morale
sa complexité
son mystère
et tout ça
et tout ça
et tout ça ...

Alors quoi !?
dès que je conscientise le regard de l'autre
je ne suis plus libre d'être moi ?

toi
mon miroir déformant
tu vas être choqué
si je te montre mon sexe
pour que tu sois bien sûr
que je suis une femme ?

et que tu puisses imaginer
comment je baise avec
comment je pisse avec…

Et si je te dis que non
en fait ce n'est pas vrai
tout ça c'est du blabla
je ne suis pas une femme
je suis… une sorcière !…

tu me crois ?
tu as encore envie de vérifier ?
quoi ?
si j'ai un sexe de femme
ou si j'ai les pouvoirs d'une sorcière ?

et si je te dis
que mes pouvoirs de sorcière
je les cache nichés au fond de mon sexe ?
…?...
hein ?...
tu dis quoi ?...

en vrai tout ça m'emmerde…

vous voulez savoir qui je suis ?
qui est ce moi qui vous parle authentique ?
je vais vous le dire…
je suis une elfe
une elfe des bois
je suis une elfe archère
je suis une elfe libre
sur un cheval de feu
qui parle avec les arbres
et qui se régénère
dans les ondes des lacs…

voilà !
c'est mieux comme ça ?...
ça fait du rêve...
ma peauésie ?...
et c'est moi aussi ça…

et c'est aussi moi
encore
quand je hurle à la mort
la souffrance infectieuse
qui me bouffe les tripes
a dévoré mon cœur
sous le sein scarifié
les sanglots des heures
contre les murs qui tapent
tapent
tapent
le silence
le gouffre de l'absence
les enfers en précipite… toi
et ça n'en finit pas
et ça n'en finit pas
et ça n'en finit pas ! …

Et là alors ?...
tu me crois ?
toujours pas ?...

tu te dis
si c'est ça l'authenticité…
la cinglitude
le miroir de folie
si c'est ça…
j'aime autant être moi !

ben oui…
j'espère oui
j'espère pour toi
que tu préfères
être toi…

et c'est qui toi ?...

 

29 mai 20[dou(X)ze]

 

texte écrit pour

"Very véritable

ou la prétendue authenticité "

Vernissage / exposition collective

du 14 juin 2012 à l'atelier saint françois

à bordeaux

Scénographie accompagnée par Marie Pourroy

 

 

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Gérard | Réponse 09.03.2017 07.58

J'ai passé un bon moment des mots scions

betty 09.03.2017 22.54

cool Gérard... merci pour ton passage

bertfromsang | Réponse 13.12.2014 00.26

la forêt des landes de gascogne... une expérience amère...

betty 13.12.2014 00.45

les arbres peuvent être étonnants
dans les mystères de leurs ombres
derrière le marbre des lumières...

bertfromsang | Réponse 26.07.2014 01.57

jadis, j'ai marché seul à travers les fôrets... nuit curieuse inoubliée...

betty 05.12.2014 00.56

dans quelles forêts ?
avec quelles ombres ?...

Plurielle | Réponse 25.02.2014 19.28

C'est beau. Juste, c'est beau. Et juste. Des mots qui respirent... qui donnent de l'air. Merci.

betty 11.03.2014 02.12

merci à toi Plurielle
pour ce comment' air ...

Cathy | Réponse 12.08.2013 15.40

Bonjour Betty,
Je te découvre AUTHENTIQUE et c'est bon... J'aime
Cathy

michel foray | Réponse 17.04.2013 14.42

un moment plein d'émotions, j'aime et je partage

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Commentaires

09.03 | 22:54

cool Gérard... merci pour ton passage

...
09.03 | 07:58

J'ai passé un bon moment des mots scions

...
05.03 | 21:15

oh merci ! Dome...

...
05.03 | 19:43

Bravo Betty pour tes créations ! :)

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